L’ancienne capitale de la colonie britannique se métamorphose à un rythme spectaculaire, et chaque jour, je découvre de nouveaux chantiers. Les carrefours sont désormais embouteillés, et le bruit de la rue, autrefois dominé par l’animation des trottoirs, est maintenant couvert par le concert incessant des klaxons.
J’en suis témoin au quotidien : la fenêtre de ma petite chambre donne directement sur l’angle de Marhabandoola Road et Lanmadow Street, en plein cœur de Downtown et du quartier chinois.
L’immeuble de l’hôtel The Sat, à la façade violine, construit au siècle dernier, a été entièrement rénové pendant l’été. J’y suis bien installé. La direction et le personnel sont très gentils, mais ce n’est pas étonnant ici.
Je prends mes habitudes dans ce quartier commerçant, où j’aime me perdre dans les rues étroites aux immeubles décrépis. Il y règne une ambiance joyeuse, malgré les conditions de vie parfois très précaires de ses habitants. On y trouve de tout, sur les étals et les bancs qui envahissent les trottoirs.
C’est justement à deux pas que je déguste, dans la rue, de savoureux plats de nouilles chinoises (ça, je ne boycotte pas !) accompagnés de rouleaux aux légumes. J’adore, et deux assiettes me coûtent l’équivalent d’un euro ! Alors autant ne pas se priver. Et je dois dire que je trouve ça bien plus rassurant que la cuisine de certains restaurants… J’en ai fait l’expérience l’autre soir : je n’aurais pas dû demander où étaient les toilettes, situées… dans la cuisine ! J’ai ainsi eu un aperçu global de l’état des lieux…
J’ai eu beaucoup de plaisir à retourner à la pagode de Shwedagon, l’une des plus célèbres au monde et l’endroit à visiter absolument à RANGOON.
Ce lieu sacré, le plus vénéré de BIRMANIE, est construit sur une colline proche du centre-ville. Son dôme est visible de loin et, la nuit, magnifiquement illuminé.
C’est un endroit où l’on peut s’éloigner du bruit et de la foule, profiter de la quiétude et de la paix dans l’un des nombreux temples entourant le monumental stupa d’or.
Là aussi, les temps changent : des distributeurs de billets ont fait leur apparition. Il y a trois ans encore, il n’y avait aucune machine dans le pays, et il fallait venir avec tout l’argent nécessaire au séjour.
Le wifi est également arrivé… jusque sous le dôme. La BIRMANIE s’ouvre au monde.
Aujourd’hui, j’ai traversé la Rangoon River en ferry pour me rendre à DALLA, un quartier populaire et pauvre situé sur l’autre rive, face à RANGOON.
C’est là que j’ai retrouvé, trois ans après, Win Pe et sa femme Baby Cho. Ils m’avaient accueilli à l’époque et fait entrer dans leur (très) modeste demeure. J’avais découvert leurs photos de famille : mariage, enfants, les portraits d’Aung San Suu Kyi et de son père, le général Aung San. Je repartais alors avec une bouteille d’eau. C’était à mon tour de les remercier et de prendre de leurs nouvelles.
Leur fille aînée est désormais diplômée en langues — en français ! Peut-être aura-t-elle un jour l’opportunité de venir en FRANCE ? Je peux modestement l’aider dans ses démarches. Nous allons rester en contact. J’ai passé un très beau moment en leur compagnie.
Dans 48 heures, se tiendront les élections. La tension commence à se faire sentir. L’enjeu est immense pour le peuple birman. Certains craignent surtout des irrégularités… et redoutent que la victoire leur soit à nouveau confisquée.
Les meetings et la propagande devaient s’achever hier, le 5. Aujourd’hui, faisant fi de cette règle, le parti du gouvernement en place poursuivait sa campagne en défilant dans les rues. J’ai croisé un groupe important au départ du ferry, de DALLA à RANGOON, arborant fièrement leurs t-shirts verts et leurs drapeaux à la main.
Le danger réside dans la provocation — à laquelle ne cède pas la NLD. Aung San Suu Kyi a toujours choisi d’exprimer ses idées dans un discours pacifique, prônant la non-violence.
Je souhaite de tout cœur que la journée de dimanche et les suivantes se déroulent dans un climat serein. Dimanche soir, nous devrions connaître la tendance et le nom du parti vainqueur. Ensuite, viendra le temps de la transformation — un processus long, sans doute, mais décisif pour l’avenir du pays.
Pour l’instant, comme le dit Aung San Suu Kyi :
« Nous devons, tout d’abord, gagner les élections ! »