À nouveau, un bus-couchettes m’a transporté jusqu’à destination dans des conditions, cette fois-ci, excellentes et sans tabac à bord ! Dix heures de trajet depuis Ninh Binh, avec une arrivée mardi matin à Hué : la ville des empereurs Nguyen et ancienne capitale du Vietnam. Voyager la nuit me permet d’être tout de suite opérationnel et de profiter pleinement de la journée.
Je pose mon sac à l’hôtel, ma chambre est spacieuse, avec une porte-fenêtre et un balcon donnant sur… la piscine ! Sympa ! C’est la bonne surprise, et pour 9 € (après négociation), je pense que je vais être bien. Le quartier « routard » où je loge est à proximité de la Citadelle, classée au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO, et seul exemple de ville impériale au Vietnam.
C’est ma grande sortie du jour que je commence après mon petit-déjeuner à la Boulangerie Française : croissant et café expresso ! J’aime bien la soupe aux nouilles mais là, j’ai craqué ! Et par ailleurs, c’était pour une bonne cause (ça m’arrange !), les profits de cet établissement servent à former des orphelins vietnamiens au métier de boulanger. Plus de cinquante apprentis travaillent aujourd’hui dans de grands hôtels ou restaurants dans le pays.
La Cité Impériale a été construite entre 1804 et 1833 par Gia Long, le premier de la dynastie des Nguyen, qui s’est fortement inspiré de la Cité Interdite. J’y ai retrouvé l’architecture des palais chinois de Pékin. On y pénètre par la Porte du Midi, entrée principale, dont l’architecture évoque les ouvrages de Vauban avec ses hauts et larges murs. Sur un périmètre de dix kilomètres, la ville comprend trois enceintes avec en son centre la Cité Impériale de forme carrée, entourée de douves.
Seul ce cœur historique a été transformé en musée et les bâtiments qui le composent ont été en partie restaurés, suite à la destruction en 1968 de nombreux édifices : quarante-deux sur soixante-sept ont été bombardés lors de la bataille qui opposait les forces communistes du nord aux Américains, alliés du sud. Parmi eux, le Palais du Trône a échappé au massacre, unique survivant de tous les grands palais, avec sa salle aux quarante colonnes laquées et sa couverture de tuiles vernissées. La visite de la Citadelle a été très intéressante, je n’ai pas vu passer les heures.
Hué est aujourd’hui toujours une capitale : celle du chapeau conique dont la fabrication remonte à plus de quatre siècles, selon le même principe : un cadre en bois conique supportant seize cerceaux en bambou et des feuilles de latanier, le tout cousu au fil de nylon.
La ville doit également sa célébrité et son inscription au Patrimoine mondial par les fastueux tombeaux et mausolées impériaux construits au sud, sur les rives de la rivière des Parfums. J’ai consacré une deuxième journée à la découverte de ces palais post-mortem.
Le tombeau de Minh Mang, qui régna de 1820 à 1840, est en fait un ensemble de constructions édifiées sur un terrain de vingt-huit hectares, entourées d’un mur de mille sept cent cinquante mètres ! Le souverain était censé continuer sa vie en ces lieux : étang pour la pêche, jardins, bibliothèque, palais et temples luxueux, logements des servantes et concubines (de son vivant, cet empereur en avait trois cents plus une trentaine de femmes ! et… cent quarante-deux enfants ! Pas simple la vie de monarque !). L’endroit est magnifique, à la campagne mais un peu… inhabité !
Ces empereurs étaient un peu (voire beaucoup) mégalomanes, les travaux de ces mausolées commençaient sous leur règne et prenaient des années. Des fortunes étaient ainsi dilapidées pour bâtir ces résidences somptueuses. Il fallut mettre en place une réglementation pour limiter ensuite les extravagances des princes et mandarins à un périmètre maximum de deux cent cinquante mètres. J’ai pu constater lors de mes déplacements que les cimetières occupent aujourd’hui des superficies importantes, une tombe couvrant un espace de cinquante à cent mètres carrés, sans compter les mausolées que l’on trouve un peu partout disséminés dans les campagnes et même au milieu des rizières ! Pour les morts comme pour les vivants, les constructions sont ici réalisées de façon… anarchique ! et l’espace est gaspillé…
J’ai visité le tombeau de Khai Dinh, je ne voulais pas manquer l’œuvre kitsch de l’avant-dernier empereur, réalisée entre 1920 et 1931. C’est aussi le dernier tombeau des Nguyen. Peu aimé du peuple, il augmenta les impôts de 30 % pour financer sa construction ! Vêtu de tenues extravagantes et grosse bague à chaque doigt, le garçon n’a pas lésiné sur les dépenses, le pavillon de la cour d’honneur étant par exemple couvert en ardoises d’Angers ! L’ensemble est un mélange d’influences avec des touches Renaissance, chargé de sculptures et de colonnes. Le palais déborde de décors faits de mosaïques en relief à base de faïence, de bois, de verre. Une statue en bronze (offerte par la France !), grandeur nature de Khai Dinh, trône sur le tombeau ; la pièce, très clinquante, est recouverte également de mosaïques, l’empereur ne connaissait pas la sobriété !
Hué a été une étape enrichissante, ces deux journées ont été agréables sous le soleil. Je continue ma route vers le sud, prochaine destination : Hoi An, à cent trente-cinq kilomètres, l’une des villes les plus charmantes du Vietnam et située… au bord de la mer !