Je me suis rendu hier au sud de Vancouver afin de visiter le site du village de pêcheurs de Steveston. C’est ici, sur les rives de la rivière Fraser, que l’industrie de la pêche a connu un véritable essor à la fin du XIXᵉ siècle. À l’apogée de son activité florissante, le village comptait une cinquantaine de conserveries de saumon.
Cette industrie en pleine croissance attire, à la fin du XIXᵉ siècle, de nombreux pêcheurs japonais originaires de la région de Wakayama, fuyant les taxes imposées par l’empereur. Ils sont 1 300 à s’y être établis en 1896. À force de dur labeur et d’entraide, ils possèdent, une dizaine d’années plus tard, 40 % des licences de pêche, ce qui n’est pas sans provoquer la jalousie, voire le rejet, de la population européenne.
À l’origine de cette réussite : un jeune charpentier du village de Mio (sud-ouest d’Osaka), Gihei Kuno. Ce pionnier n’hésita pas, en août 1888, à l’âge de 34 ans, à quitter son pays pour s’embarquer vers le Canada et réaliser son projet de s’installer à Steveston.
Rapidement, et pour répondre aux besoins de main-d’œuvre des conserveries, il saisit l’opportunité de faire venir des proches et de nombreux pêcheurs de Mio. Dans les années qui suivent, Gihei Kuno ouvre un hôtel et une épicerie, et crée la Mio Village Association, œuvrant sans relâche pour l’accueil, l’accompagnement et l’intégration de sa communauté.
La vie de Gihei Kuno aura été entièrement dédiée au bien des autres, de ses compatriotes et villageois de Mio, comme des habitants de Steveston. Son histoire, et celle de ces travailleurs japonais, méritent respect et admiration.
Aujourd’hui, une plaque commémorative et un mémorial, érigés pour le 100ᵉ anniversaire de l’arrivée de Gihei Kuno, ainsi qu’un parc du souvenir, le Kuno Garden, évoquent la mémoire de ces femmes et hommes courageux.
J’ai passé des moments teintés d’émotion et d’admiration en parcourant les vestiges de ce glorieux passé. Des programmes immobiliers ont été construits aux alentours, et les conserveries ont pratiquement toutes disparu du paysage. Subsiste la Gulf of Georgia Cannery, devenue musée après sa fermeture en 1979.
Asayo Murakami serait heureuse de voir que ses iris jaunes sont toujours aussi magnifiques. Son jardin a été reconstitué à côté de ce qui fut autrefois leur maison. Le souvenir de cette famille de pêcheurs est toujours présent, tout comme celui de tous ces pionniers qui ont écrit une page précieuse de l’histoire de Steveston.