Pour la deuxième fois cette année, nous séjournons à VARANASI, la Cité Éternelle.
Nous avons changé cette fois nos habitudes. Dormir à Assi Ghat relevant de la gageure, nous avons migré au « Ganga Love », un petit hôtel situé à l’arrière de Panchakot Ghat, beaucoup plus calme. Notre chambre possède un balcon avec une vue sur le Gange, où nous pouvons savourer des moments de quiétude, à l’écart du fracas assourdissant des rues adjacentes.
C’est l’hiver ici aussi, il ne fait que… 25 °C l’après-midi, température idéale pour un habitué des côtes bretonnes. Les locaux, emmitouflés, sont gelés et très surpris de me voir le soir en t-shirt ! Le vent frais de l’Himalaya peut faire descendre le baromètre entre 5 °C et 15 °C en cette saison, autant dire l’équivalent d’un froid sibérien pour nous, Européens.
Malgré ses désagréments sonores et… quelques bouses de vache à éviter… VARANASI reste une destination unique, le cœur emblématique de l’hindouisme (80 % de la population), la ville sacrée, demeure du dieu Shiva, autrefois appelée Rudravasa (« là où Shiva réside »). C’est un lieu de pèlerinage très fréquenté, un voyage incontournable pour des millions de pratiquants, et souvent, dans une dernière volonté, l’ultime aussi.
Le défilé des morts est continu, et Manikarnika Ghat, le plus important crématorium, ne désemplit pas. Sur ses gradins et les berges du fleuve, les bûchers en plein air consument chaque jour, et durant la nuit, des centaines de corps. Les cendres et les restes humains, qui échappent aux chiens errants, finissent dans les eaux du Gange, bercés par les flots où les croyants pratiquent quotidiennement leurs ablutions et rituels… se lavent et font leur lessive !
Les hindous ont — et le démontrent — un rapport à la vie et à la mort différent de celui des Occidentaux. Il est, pour eux, naturel de mourir. Étape d’un cycle, leur croyance envisage la mort et la crémation comme une libération de l’âme, qui se réincarne ensuite. Côtoyer ainsi la mort et ces cadavres nous rappelle la fragilité et l’impermanence de nos vies. Venir sur les ghats à VARANASI est un véritable enseignement. Nos sociétés font un déni de cette fin inéluctable ; la mort est, par contre, ici très présente, au cœur de la vie, comme une simple évidence.
Célèbre pour ses ghats (gradins et quais de pierre), VARANASI est reconnue également pour la qualité de ses enseignements, ses nombreux érudits et ses universités. L’Université hindoue de BENARES, ou encore l’Université sanskrite Sampurnanand, édifiée en 1791, comptent parmi les plus réputées. On vient souvent de loin pour étudier le sanskrit, la langue des textes sacrés hindous et bouddhistes. C’est notamment la langue dans laquelle sont rédigés les Vedas, écrits fondamentaux de l’hindouisme. La littérature sanskrite est aussi l’une des plus riches au monde. Je vous recommande, à titre d’exemple, le Ramayana, traduit en français, que j’ai eu le plaisir de lire tout récemment et qui améliore ma médiocre culture de ce fabuleux pays.
J’ai toujours autant de bonheur à pratiquer la photographie. Le champ d’investigation est, sur les ghats ou dans les ruelles de VARANASI, sans égal à mes yeux, tout comme dans d’autres lieux en Inde. Je ne peux hélas vous présenter que quelques photos, mais les rencontres et certains moments partagés au quotidien m’apportent beaucoup de joie, et j’ai la chance de capter de belles images.
Bien entendu, je ne peux conclure sans évoquer mes amies les vaches : elles sont ici incontournables, dans tous les sens du terme, car elles peuvent même bloquer le passage à certains endroits ! À ce sujet, mieux vaut éviter de franchir l’obstacle à cornes en sautant par-dessus. Je n’ai pas renouvelé cet exercice, qui s’était soldé la dernière fois, en février, par une belle chute et des doigts endoloris. L’animal, hébété, s’en est très bien sorti. Bon, il faut dire aussi qu’avec des tongs, ce n’est pas facile non plus ! En tout cas, je ne m’en suis pas vanté à l’époque…
Une information à vous communiquer les concernant : elles font les poubelles ! Au-delà de la fourniture de lait, ces vaches sacrées contribuent donc activement et efficacement à la vie de la cité. Par contre, je ne peux vous garantir la composition du lait ni ses bienfaits, l’herbe étant tout de même rare au menu de ces sympathiques ruminants… Par ailleurs, je ne suis pas persuadé de la pertinence de certains déchets dont elles se nourrissent dans les décharges.
Le Blue Lassi propose le meilleur lassi — boisson traditionnelle à base de yaourt — de VARANASI. Peut-être un premier indice ! En tout cas, la réputation de l’établissement est fondée, et nous ne sommes toujours pas malades… du moins apparemment !
Nous partons jeudi pour DELHI, pour nous rendre ensuite à RISHIKESH, capitale mondiale du yoga, située au pied de l’Himalaya, sur les pas des Beatles (pèlerinage transcendantal !)
Let it be !! À bientôt !!